Art, mémoire et témoignage : analyse thématique

Art, mémoire et témoignage : analyse thématique

Notre professeur a conçu pour vous une fiche sur le thème de l'art, la mémoire et le témoignage. Vous trouverez ici de nombreuses informations pour traiter ce sujet dans votre dossier d'histoire des arts pour le Brevet.

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Quiz de Histoire des arts :

A quoi se rapportent bien souvent les hymnes nationaux ?

  • A.Au pays concerné
  • B. la guerre
  • C.A un moment historique
  • D.A une personne
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Le contenu du document

Les œuvres d'art accompagnent l'histoire. Elles en remontent le cours, la commentent, l'interprètent, et en cristallisent certains événements. Les œuvres d'arts sont une certaine mémoire du monde, travail de témoignage d'une subjectivité. Les œuvres d'art font mémoire, microcosme d'une mémoire collective.
A travers des autobiographies, des documents testimoniaux, des monuments, des récits, ... les artistes tracent et retracent les empreintes du monde. Dans le prolongement, ou en parallèle, des travaux des historiens, l'artiste porte son singulier regard sur l'histoire du monde. Il n'est pas astreint à l'objectivité. Il laisse parler son désarroi et son espoir, son empathie et sa révolte, ses états d'âmes et ses réflexions.
Cette fiche de révision se propose d'aborder la thématique de l'art pensé au regard de la mémoire et du témoignage dans différents genres et pratiques artistiques et littéraires afin d'en mesurer les spécificités et les accointances. Ce qui sera ainsi mis en exergue ce sont les diverses formes d'engagement que ces genres et pratiques supposent. Par la force des choses les œuvres retenues se rapporteront essentiellement à des faits historiques de guerre et de conflits, ceux-là mêmes qui participent le plus visiblement aux bouleversements du monde.

I - L'art et la mémoire de l'individu

Cette partie se focalisera sur les témoignages de l'histoire qui concernent la propre expérience de l'artiste. C'est de la vie, du sentiment, de l'opinion de l'auteur dont il est question, mais ceux-là témoignent toujours d'un engament de celui-ci dans les événements du monde.
Le journal d'Anne Frank (1942) est l'un des témoignages les plus poignants relatifs à la seconde guerre mondiale. Anne Frank (1929-1945) écrivit son journal intime lors de l'occupation des Pays-Bas, dont elle est originaire, par  le pouvoir nazi. Elle avait pour désir d'en faire un roman lorsqu'elle meurt dans un camp de concentration en mars 1945. C'est alors son père à qui fut remis le manuscrit qui finit par le faire publier. L'œuvre relate un épisode la vie de la famille Frank, vicissitudes d'un ordinaire appelé à s'adapter tant bien que mal au contexte de la guerre et de l'occupation. Le journal d'Anne Frank n'est pas  une analyse rigoureuse de l'histoire mais la chronique d'une adolescente prise entre ses rêves et la cruauté d'un événement tragique. Le caractère autobiographique de l'œuvre permet de souligner un aspect quelque peu omis par les grandes fresques historiques. Celui de la pulsion de vie, celui qui ne confine pas à l'héroïsme mais à la destinée d'un être qui se voulait simplement ordinaire.
Profondément marqué par le vécu de la guerre et la vision de ces corps déchiquetés et torturés de la seconde guerre mondiale, Francis Bacon (1909-1992) ne sait plus peindre et se peindre autrement que par la figuration de corps écorchés, musculeux, dépecés, altérés, morcelés. C'est de l'expression de sa subjectivité tourmentée qu'apparait une certaine réalité de la guerre. Son témoignage prenant les formes d'une vision transmue la douleur physique en douleur morale. Bacon n'est plus seulement témoin d'un monde mais le confesseur de son âme. Son œuvre est celle d'une perception à jamais dévastée. Plongeant dans les profondeurs de son traumatisme son œuvre se fait la matière d'une mémoire incarnée.
Chris Marker (1921-2012) ne s'en tient pas aux seuls événements de l'histoire qu'il a vécue personnellement; il n'exprime pas non plus expressément ses états d'âmes par ses œuvres. Ses films mélangent des images d'archives et d'actualités télévisuelles qu'il accompagne de ses commentaires. Marker interroge à travers eux l'objectivité des images documentaires. Avec ses montages d'images hétéroclites il offre un regard transversal du monde, se joue des similitudes et des paradoxes. Avec ses commentaires il influe volontairement sur le regard qu'appose le spectateur sur les images. Marker met ainsi en exergue la relativité des vérités historiques, les ramènent à leur singularité expressive. Avec lui l'histoire est toujours objet d'interprétation; et l'événement restitué est toujours un témoignage autobiographique, même et surtout lorsqu'il s'en défend.
Le travail de mémoire de nature autobiographique rappelle que l'histoire ne repose pas tant sur la récapitulation des événements qui la jalonnent que sur le ressenti de ceux qui la vivent, directement ou indirectement, et en définitive la font. La vérité de l'histoire ne serait dans cette perspective que la somme de microcosme historique, histoire d'une vie vécue dans sa singularité et donnée en partage à la communauté.

II - L'art et son inscription dans la mémoire collective

Cette partie se consacrera aux œuvres qui se réclament de la mémoire collective. Plus qu'une analyse objective des événements de l'histoire les artistes retenus expriment les tensions reliant l'histoire collective à l'individu. D'une certaine manière ils empruntent le chemin inverse des témoignages autobiographiques. Cette matière de l'histoire, celle qui fonde l'histoire factuelle, subit des fragmentations, est saisie en ces fêlures afin d'en faire un enjeu pour chaque individu de la société. Les artistes de la mémoire collective reprennent le fait historique et tentent d'en briser la rigidité pour que chacun se sente concerné par celui-ci et en perçoive l'actualité.
Alex Haley (1921-1992) est un écrivain noir américain. Son œuvre, et en particulier Racines, ouvrage publié en 1976, s'est consacrée à retisser les liens entre les américains noirs et leurs origines africaines. Pour lui l'un des problèmes de l'américain noir est avant tout identitaire. Un homme sans racine ne pourrait en quelque sorte être un individu accompli, et l'homme américain noir souffre d'une méconnaissance certaine de son histoire et de ses ancêtres africains. C'est de ce sentiment d'exclusion d'une frange de la communauté américain sans repères véritablement établis que naît Racines. Ce roman de Haley est le résultat d'une recherche généalogique particulièrement circonstanciée. Haley va remonter le cours de l'histoire pour retrouver trace de l'un de ses derniers ancêtres africains. Ce sont des décennies et des décennies de l'histoire américaine qui sont alors revisitées jusqu'aux premières périodes de l'esclavage. Romancée cette histoire travaille à l'inscription, toujours avortée jusqu'ici, d'une communauté dans la mémoire collective bien que douloureuse du pays auquel elle appartient.
Le travail cinématographique de Claude Lanzmann (1925- ) peut dans une certaine mesure être envisagé dans la même perspective que celui de Haley. Avec Shoah (1985), pour citer son film le plus notable, Lanzmann va lui aussi restituer la mémoire collective d'une communauté à laquelle il appartient, celle des juifs d'Europe qui subirent les terribles tourments de la seconde guerre mondiale. Bien qu'impliqué donc directement par les événements historiques qu'il relate Lanzmann ne réalise pas une œuvre à caractère autobiographique. Son travail de reconstitution d'une mémoire collective substitue à l'arbre généalogique de Haley une manière de carte topologique. Lanzmann va aller à la rencontre de survivants de l'Holocauste pour inscrire leurs témoignages, jusqu'ici ensevelis sous les discours officiels et les rédactions factuelles, comme seule vérité, nécessairement fragmentée et lacunaire, de l'histoire de cette période.
Cette démarche qui revient à inscrire l'individu dans la mémoire collective prend valeur de véritable travail pédagogique lorsqu'elle prend la forme du théâtre de Bertolt Brecht (1898-1956). Le dramaturge et metteur en scène allemand va initier une manière singulière d'appréhender la représentation théâtrale. Le processus de distanciation qu'il met en place revient à créer une distance entre l'espace de représentation et la représentation elle-même. Chez lui le comédien ne s'identifie pas à son personnage et la mise en scène pensée à cet effet travaille à interpeller son spectateur. Le spectateur chez Brecht n'est donc pas l'observateur extérieur des représentations de faits historiques qui prennent place sur la scène. Par le recul qu'il est contraint de prendre vis-à-vis de l'immersion au récit de l'histoire, le spectateur est amené à réfléchir aux problèmes qu'il pose et surtout aux modalités de sa réception. Le spectateur s'inscrit ainsi, bon gré mal gré, dans l'édification d'une mémoire collective.
Fin de l'extrait

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Les avis sur ce document

Danilous
5 5 0
20/20

Très bon texte , il est très bien dit . Bravo .

par - le 18/01/2016

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